Ce que l'on s'aime

text Par Élise Guerrero pour Permaculture Club

Art de Megumi Randall

 
 

J'ai toujours rêvé d'être André Breton, de casser la littérature avec des hasards, des automatismes et des poèmes révolutionnaires. J'ai aussi rêvé trop souvent de construire des barricades dans les rues de Paris aux côtés d'Enjolras et de Grantaire. J'ai rêvé d'être agente de la Résistance pendant la guerre, d'être parmi les premières suffragettes, d'être Gandhi ou d'être Malala.

 
 
 

Tristement, ma vie occidentale du 21e siècle m'offre peu d'occasions de devenir révolutionnaire. Mon esprit est à la recherche de combats trop vastes pour notre monde ultra-ségrégationné, hyper-moderne, supra-virtuel.

Il y a dans mon corps un besoin viscéral de lutte, de rébellion incompatible avec ma sphère spatio-temporelle.

 
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C'est alors que sont arrivé.e.s David et Bill, Vandana, Audrey... Elles ont été pour moi des semences. Et face à eux Monsanto, Bayer, des multinationales qui maîtrisent plus de 80% du marché mondial des semences. Et qui mettent en danger non seulement la liberté d’échange des semences, mais aussi leur biodiversité, leur patrimoine génétique, la sécurité et la souveraineté alimentaire des communautés et la vie des agricultrices et agriculteurs.

Tout commence par les semences.

 
 
 

Ne partez pas! C'était la dernière phrase kitsch du texte (je l'espère). Si vous le voulez bien, découvrons ensemble nos racines dans cette lutte pour des semences qui relèvent de bien plus que de l'agriculture: qui sont notre pain, notre être, notre souveraineté.

Le temps presse. En 100 ans, plus 90% de la diversité des semences ont été perdues (Seed : the Untold Story, 2016). Il est trop tard pour les récupérer. Mais on peut encore agir sur l’immatériel, qui lui aussi subit les assauts du temps et du monoculturalisme : l’héritage du savoir de la préservation de semences. Les femmes et les hommes qui veillent sur la terre de nos continents ont depuis des centaines de générations sélectionné, préservé, transmis ces semences vitales et le savoir qui y est lié. Ce savoir s’érode à un rythme presque aussi effréné que la diversité génétique des cultures.

 
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Avec le sable s’écoulent notre science des semences, nos compétences de sélection et de préservation, notre contact avec l’origine de l’agriculture, notre compréhension des cultures autochtones évoluant sur le territoire. Réapprendre à préserver les semences, c’est renouer non seulement avec la souveraineté alimentaire, mais aussi avec le contexte historique et culturel des semences qui sont plus que des commodités pour les peuples autochtones. La préservation de semences n’est pas quelque chose à faire seul.e chez soi en secret. C’est un partage avec les communautés autochtones, avec la Terre, avec ses voisin.e.s, ses parents, ses enfants et petits-enfants à éduquer, avec les parcs à dégazonner et la ville à désasphalter.

 
 

Révolution!

Joignez-vous à la lutte souterraine pour des semences indigènes !

Nos armes : Des bombes de graines.

Notre combat : Préserver coûte que coûte le patrimoine millénaire des semences. Ressemer des cotylédons comestibles partout où la norme les refuse.

Notre cible : Les multinationales et les gouvernements corrompus qui assassinent fermières, fermiers et biodiversité à travers le globe.

Notre armée : Des omnivores rebelles de tous pays. C’est un mouvement planétaire !

 
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Fabrication radicale de bombes de graines.

Aux armes!

1.   Procurez-vous de l’argile et du terreau ou du compost.

2.   Récoltez des semences de vivaces dans votre région ou faites appel à des banques de graines québécoises (à Montréal : celle du campus Macdonald, de la bibliothèque Ahuntsic et de la bibliothèque Rosemont-La-Petite-Patrie).

3.   Dans un récipient, mélangez l’argile et le terreau dans une proportion 2 :1 en ajoutant une petite quantité d’eau pour coller la pâte.

4.   Intégrez-y les semences de vivaces (fleurs sauvages, céréales comestibles, etc.).

5.   Formez des boulettes et laissez-les sécher au soleil. Surveillez-les précautionneusement; vous possédez maintenant une arme de régénération massive anti-corporations.

6.   Lancez les bombes de graines dans des terrains vagues, des parcs, des plates-bandes désertes, etc.

 
 
 

Oui, préserver des semences est un défi. Au niveau biologique, car il faut savoir jongler avec la pollinisation croisée; mais aussi aux niveaux légal et politique, car il faut résister aux grandes compagnies semencières et aux OGM. Que la fièvre du printemps vous accompagne dans cette révolution ancienne : si vous semez cette saison, gardez une pensée pour les générations de gardien.ne.s de semences, et remerciez-les pour la lutte qu’elles et ils mènent encore aujourd’hui contre les corporations et pour l’agro-biodiversité.

 
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